Créer une fondation un peu …"spéciale"? Votre avis m'intéresse…

Lorsque j'ai quitté l'OMS pour intégrer la Banque Asiatique de Développement en 2006, et que j'ai alors appris le salaire faramineux qui serait le mien, je n'en croyais pas mes yeux, moi qui avais été volontaire, voire bénévole, pendant tant d'années. En accord avec mon épouse, je décidai alors, dès le premier salaire, de transférer automatiquement chaque mois une certaine somme (correspondant environ à 13% du salaire) sur un compte spécialement dédié à la création future d'une Fondation. Aussitôt dit aussitôt fait. 

La question qui vint ensuite fut bien sûr: quel type de fondation? Et pour quoi faire? N'y a-t-il pas suffisamment de fondations et d'ONG déjà existantes à qui donner? Était-ce seulement pour faire ma BA, ou laisser mon nom quelque part? Pas vraiment; d'ailleurs la fondation ne portera pas mon nom, elle s'appellera la "Fondation Théophile" (voir page "Et Dieu dans tout ça?").  L'idée était plutôt qu'ayant travaillé dans l'humanitaire pendant plus de 25 ans maintenant, et connaissant donc bien le système de l'intérieur, j'avais envie d'essayer des approches humanitaires nouvelles, qui dépasseraient les fameux "cycles du projet", et s'attaqueraient à des souffrances dont on ne se préoccupe pas ou peu de nos jours. Mais quelles peuvent donc être ces souffrances? Quelles sont les causes orphelines que cette fondation pourrait ainsi défendre? Ayant été témoin de tellement de causes désespérées au cours de ces années de missions je n'avais que l'embarras du choix. Quel cynisme quand même que de choisir ainsi parmi les souffrances! Mais c'est ainsi; une fondation ne peut pas venir en aide à toutes les misères du monde, il faut cibler. 

J'ai donc longuement cogité sur la question, et je veux encore prendre le temps de la laisser mûrir. Peu à peu, il est une cause qui semble toutefois émerger: la réconciliation. La réconciliation dans tous ses états, et à tous les niveaux: réconciliation intrafamiliale (entre père et fils, mère et fille, etc.), intra-conjugale, entre classes sociales, entre groupes politiques, entre ethnies, entre religions, entre nations, entre l'homme et la nature, entre l'homme et Dieu. Vaste programme s'il en est!   [NB. je vois d'ici votre sourire désabusé…]

Mais j'ai si souvent décelé ces grandes souffrances, restées secrètes, ces déchirures douloureuses gardées profondément enfouies, chez tant de gens: une brouille idiote dans la famille qui dure des années; les meilleurs amis qui se déchirent et pourtant s'estiment toujours; des haines qui cachent des amours non avouées; des groupes qui s'entre-tuent et pourtant voudraient tellement vivre ensemble; des guerres qui n'ont plus de sens mais dont ne trouve plus l'issue, des athées révoltés contre un Dieu dont il disent pourtant nier l'existence, etc.

La réconciliation avant qu'il ne soit trop tard.
J'ai en effet entendu trop souvent des gens, torturés de remords, dire de quelqu'un qui venait de mourir et avec qui il/elle était fâché(e): "j'aurais tellement voulu lui dire que je l'aimais…"

Traiter de la réconciliation c'est parler d'orgueil et d'humilité, d'offense et de pardon, de haine et d'amour, bref de toutes ces forces sous-jacentes qui régissent les conflits et leurs résolutions possibles.     

Testant l'idée auprès de mes amis, j'ai remarqué qu'elle suscitait un certain écho; je poursuis donc la réflexion… et élargit aujourd'hui la consultation dans ce blog.  

Car voila: la réconciliation, ça me plaît bien, …mais je n'y connaît rien. Rien du tout. Je n'ai aucune compétence, aucun savoir-faire en la matière. Pire, embrasser la réconciliation dans toutes ses dimensions, c'est s'attaquer à des pans entiers de connaissances toutes aussi diverses les unes que les autres: psychologie, sociologie, ethnologie et anthropologie, science politique, diplomatie, écologie, théologie, spiritualité, etc.
J'aimerais alors faire appel à vous - lecteurs que le sujet intéresserait – pour recevoir vos avis et vos conseils: que pensez-vous de l'idée d'une fondation dédiée à la réconciliation? Quels types d'interventions conseilleriez-vous?

Laissons mijoter les idées, mûrir le projet, en vous écoutant, en jaugeant les risques et les enjeux, les espoirs et les possibles désillusions, avant de déposer enfin officiellement les statuts de la "Fondation Théophile"; celle-ci sera alors le fruit de la réflexion commune et de la bonne volonté de gens motivés et responsables. 

Je fais donc ici nullement appel à vos dons, simplement à vos avis, et à vos conseils.
Merci d'avance.

-- L'auteur bloggeur.

17 commentaires:

  1. Stéphane pourquoi vouloir créer une association ou une fondation,regarde autour de toi et avec le métier qui tu exerces je pense que cela serait superflus.Nous sommes aujourd'hui noyés par la quantité d'associations diverses et variées.Nous ne savons plus qui fait quoi, qui gère, cette multitude a un effet pervers,il y a moins en moins de bénévoles de donneurs, car a qui donner, il faut faire un choix,nous sommes trop sollicités .La faim dans le monde, le cancer,Haiti etc... tout est devenu prioritaire
    Petite expérience .tu veux pas de dons c'est très louable de ta part mais cela ne pourra pas fonctionné.Tant que la ou les personnes ne verseront pas leur obole ils ne sentiront pas concernés.Ayant créer il y a quelques années une association pas dans l'humanitaire je te rassure,mais dans le divertissement,j'ai voulu le faire gratuit, ça n'a pas fonctionné car les gens ne se sentait pas obligés de venir.J'ai donc du leur demander une participation modeste mais une participation et là le miracle c'est accompli chaque mardi soir ils étaient présents.
    Bon courrage et continue

    Cordialement

    Jean-Jacques

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  2. Je découvre ce texte seulement aujourd'hui. C'est une idée intéressante. Pas l'association, plutôt la fondation. Un question à se poser c'est de savoir qui dirigera ? Serait-ce un collectif impliquant des personnes concernées ? Ensuite, envisager de travailler sur un sujet mais en profondeur, dans la durée (et pas vouloir s'éparpiller). Pour la réconciliation, je pense qu'il y a bien sûr des "techniques", mais ce doit avant tout être animé par une bonne volonté et un désir de faire dialoguer les gens (mais c'est la difficulté bien évidemment). Ma première pensée a été pour la communauté Sant Edigio (www.santegidio.org), mais il y a de nombreuses actions qui existent (et dont on parle peu dans les médias, comme en Israel entre communautés religieuses ou en Amazonie entre communautés autochtones et non autochtones...). Le problème aujourd'hui est qu'il y a souvent d'énormes intérêts économiques en jeu dans de nombreux conflits, y compris communautaires (accès à la terre, aux ressources, à l'eau,...) qu'il y a des injustices, des privations, du ressentiment. Or, comment (re)nouer du dialogue entre dominants et dominés ? En tout cas, ton idée devrait susciter des réactions et des idées. Surtout ne pas craindre d'être iconoclaste en la matière. Faire une fondation pour faire une fondation n'a aucun intérêt. Le projet militant doit avant tout être défini et ça prendra du temps. Condition essentielle pour bâtir quelque chose d'utile. Fred

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  3. Lorsque je me retrouve face à un patient qui meurt seul et dans le silence cruel de l'abandon, je découvre très souvent des conflits larvés, des haines non exprimées, des pardons trop tardifs, et je sens souvent un individu qui ne peut mourir, qui ne peut accepter l'inéluctable perte de tout, qui ne peut partir " ailleurs " car il est retenu par des fils invisibles, certes, mais bien présents, de tous ces non dits qui ont empoisonné toute sa vie.
    Je m'efforce de les faire parler, ces patients isolés et si tristes, dans le sens d'exprimer, de communiquer leur peine, leur tristesse, leur incompréhension, et alors, "miracle " la personne peut sourire, peut s'endormir le coeur léger. Il suffit parfois d'envoyer ses pensées vers celui ou celle qui nous a blessé, il suffit de dire ou d'écrire si on veut rester dans le secret, il suffit si souvent de mettre en mots le mystère de toute une vie... L'accompagnement aux mourants, les soins palliatifs, là sont les germes d'une force intérieure qui permet d'aider véritablement un être à dépasser l'indépassable. Mais en tout ceci le plus important est la présence vraie à l'autre, dans l'attention et l'écoute, loin de tout dogme, loin de toute religion, loin de toute idéologie. Car l'essentiel alors pour ceux qui ne peuvent mourir c'est de pouvoir dire ce qu'ils n'ont jamais dit et ainsi de redevenir libres à nouveau, et légers. Si légers que le regard le prouve, le détachement s'opère dans la paix.

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  4. Je pencherai pour "aider les dyslexiques / tous les DYS. " tant de personnes ne veulent pas comprendre, ni aider, ni essayer de se renseigner et juge ces personnes comme des illettrés, sans amour ,sans tolérance, sans respect et ça m'agace prodigieusement?

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  5. Vinika,
    Merci beaucoup de ce témoignage (votre premier message) si poignant et si authentique, qui nous offre des pistes. Oui, bien sur, personnel soignant des services de soins palliatifs, vous êtes ces humanitaires de tous les jours. Et lorsque vous pratiquez votre profession avec le cœur, comme c'est votre cas, c'est naturellement bien plus que le corps que vous soignez. Je suis très touché et aimerais beaucoup entrer en contact avec vous. Pourriez vous m'envoyer un message a StefBlogFeedback@gmail.com pour que nous puissions poursuivre l'échange. J'aurais tellement besoin de vos conseils.
    Merci d'avance
    Stéphane

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  6. Je n'ai pas de conseils à donner, je pense. Je travaille dans l'"enveloppe" d'une aide-soignante et je veux donner le maximum à mes patients. Mais à l'hôpital tant d'aléas et de blocages déjà en commençant parlep ersonnel blasé, fatigué, ennuyé, déçu ou peut intéressé. Que de fois internes et infirmiers disent soigner parce que c'est passionnant et intéressant, pour le soignant je l'entend rarement. Lutter contre la mort oui ne pas accpeter la mort, elle détruit leurs résultats. sur mon blog " vinika, le jardin des enfances " je raconte parfois des nuits vécues dans mon service.

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  7. Bonjour Stéphane,

    Je découvre votre blog aujourd'hui grâce au courrier de la CFE.

    Je suis résident à L'Ile Maurice depuis 10 ans ou j'ai d'abord travaillé comme consultant formateur dans les métiers du management, j'ai par la suite opéré un virage vers l'humanitaire en travaillant comme chef de projet pendant 2 ans pour une ONG de lutte contre le sida, je travaille désormais en indépendant.

    J'entends qu'il existe une multitude d'association néanmoins les besoins restent important notamment en Afrique subsaharienne ou à mon avis devraient se concentrer l'aide internationale : ils restent de très grands chantiers : La lutte contre le Sida, Malaria, Tuberculose; La lutte contre la pauvreté : je pense à Madagascar pour des projets de Microfinance, et enfin l'enfance vulnérable dans toute la région ou il reste beaucoup à faire dans le domaine de l'éducation.

    Merci pour votre blog et votre témoignage !

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  8. De STéphane à Stéphane...
    Merci de ce passage, de vos commentaires et de vos encouragements. Bonne continuation dans vos projets de vie!
    --Stéphane (l'autre) ;)

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  9. L'idée me paraît lumineuse, réconciliation avec entre peuples, avec autrui, entre soi et soi-même. Je pense que la psychomotricité pourrait avoir sa place dans le type de structure auquel tu aspires!

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  10. Pourquoi pas? Je crois que toute discipline, toute connaissance, toute expertise sera la bienvenue.
    Merci de ces lignes, Anonyme.
    Stephane

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  11. Stephane, Je veins de decouvrir votre site et une chose a dire il me plait.Je suis au debut de ma Vie et Je me sens de lui donner un sens, de servir la cause des autres en besoin. Autrement dit l'idee que vous evoquez ici m'interpelle. Je me demande comment apporter Mon aide sans rentrer dans le system actuel qui me semble dans bien des domaines corromput. Comme vous, Je pense qu'il est primordial de viser les attentes de ceux qu'on aide. Oublier nos prerequis culturels ainsi que les interets detournes pour creer ensemble des solutions sur le long terme et qui repondent aux besoins. Un jour apres les nombreux voyages qui m'auront apporter les rencontres Je voudrais creer un system qui fonctionne par lui-meme et dans le respect des valeures . Il est claire que LA foie vehicule LA force d'y arriver. J'ais confiance en dieu et en les hommes ichallah CE que LA vie reserve!!!
    Bien a vous, Jeanne.

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    1. Bonjour Jeanne,
      Merci de ce commentaire. Vous pouvez me contacter directement par ce email: stefblogfeedback@gmail.com
      Bien cordialement
      Stéphane

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  12. On est à présent en mai 2013, je me demandais où votre projet de fondation en était, et si c'était autour de la réconciliation ?

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  13. Merci de ce suivi, qui me touche.
    Et bien, l'idée n'est toujours pas abandonnée, au contraire, elle mûrit, lentement mais sûrement, et la réconciliation reste tout à fait à l'ordre du jour. Je suis en train de dévorer un pavé de 1000 pages sur le sujet ["The handbook of conflict resolution; theory & practice" de Morton Deutsch, Peter T. Coleman et Eric C. Marcus]. Ma contrainte première est celle du temps comme je suis assez absorbé en ce moment. Mais même si ça doit se faire après à ma retraite, la fondation devrait voir le jour... ;)

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  14. Bonjour,
    je découvre votre blog qui correspond à ces anecdotes que je recherchais, ces petites expériences qui font la différence.
    Je suis actuellement au Liban en ONG et après un détour par l'enseignement, j'ai choisi finalement de me réorienter vers mon premier choix, l'humanitaire.
    Comme vous, je fais de nombreux constats dans cette crise que traverse la région du Moyen-Orient. Et comme vous, je me disais que des "pas de paix dans les relations humaines" seraient le meilleur chemin pour conduire à une paix plus vaste : celle de l'humanité.
    N'hésitez pas à me contacter si vous voulez échanger : marinabucco@voila.fr

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  15. Bonjour, Je viens de tomber sur votre site, j'approuve, très intéressante cette idée de réconciliation, cela ressort des questions de moralité, de spiritualité, d'égalité bref vous en saurez plus que moi surtout que l'idée vient de vous. Je suis un jeune béninois qui s'est erré dans l'humanitaire et par la fin j'ai un faible pour le monde handicapés d’où l'idée de création d'un centre de soutien aux handicapés sur toutes ces formes. Je trouve même qu'une personne physique et bien portant souffre d'une handicape ensuite les enfants et orphelins. Actuellement j'ai un projet encours pour les enfants sur lequel je suis entrain de travailler là-sur, il s'agit d'une création de bibliothèque pour enfant, rien que pour enfant dans mon pays république du Bénin.

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    1. Merci de ce petit mot en passant. Contactez moi à mon email stemonasol@gmail.com. J'aimerais vous mettre en contact avec des gens qui font un travail remarquable sur les bibliothèques pour enfants. J'ai aussi des amis qui travaillent sur l'autonomie des personnes handicapées. Enfin, je connais aussi quelqu'un au Bénin (à Djougou) qui pourrait être intéressé par vos idées de projets. Je vous attends dans ma boite de réception. Cordialement.

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